son premier numéro, au printemps 2006, Le Meilleur des mondes a bénéficié, dans certains médias, d’une notoriété négative qui tranche avec l’appréciation, positive et souvent enthousiaste, de nos lecteurs. Certes, il vaut mieux oublier les insultes, les calomnies, la bêtise, parfois, qui, notamment sur des sites web, amènent certains, renouant avec une rhétorique d’extrême droite, à décrire Le Meilleur des mondes comme une sorte d’agent de l’étranger. Toutefois nous répondons, sur le fond, aux articles parus ces dernières semaines dans la presse et qui qualifient notre revue de « sarkozyste ». Soyons clairs : ce mot, pour nous, n’est pas une insulte. Il désigne un courant politique inscrit dans le cadre démocratique. Il n’y aurait aucune honte à s’en réclamer. Il est pourtant utilisé à tort à propos de notre revue.
Qu’en est-il exactement ? Il est vrai qu’une des figures emblématiques du Meilleur des mondes, André Glucksmann, a pris position dans Le Monde du 30 janvier 2006 en faveur de Nicolas Sarkozy. Son texte est courageux. Son engagement est respectable. Il s’inscrit, à ses yeux, dans la continuité d’un combat antitotalitaire commencé il y a plus de trente ans. André Glucksmann voit en Nicolas Sarkozy l’homme qui peut assurer une double rupture, à l’extérieur, avec les complaisances de la diplomatie française à l’égard des dictatures, et à l’intérieur avec un « modèle social » qui se caractérise par le chômage et l’accroissement des inégalités. D’autres membres du comité de rédaction de notre revue partagent globalement cette analyse. Quelques-uns d’entre eux ont aussi fait connaître, à titre personnel, leur soutien au candidat de l’UMP. Ce choix pourtant ne fait pas l’unanimité. Loin de là !
Certains d’entre nous sont hostiles à Nicolas Sarkozy et à ce qu’il représente à leurs yeux : « l’État-UMP », comme une filiation de l’État-RPR, un certain autoritarisme, une propension à la démagogie, l’institutionnalisation de l’Union des organisations islamiques de France à travers la mise en place du Conseil français du culte musulman. D’autres postures ou promesses de Nicolas Sarkozy font débat au Meilleur des mondes. Il serait inutile de toutes les exposer.
Beaucoup d’entre nous s’apprêtent à voter pour Ségolène Royal, pour François Bayrou, ou préfèrent donner leur voix à la sensibilité écologiste. Quelques-uns penchent vers d’autres candidats. Certains ne veulent pas révéler leur choix. C’est leur droit le plus absolu. Cette pluralité constitue la richesse du Meilleur des mondes. C’est un lieu de débat, l’un des seuls actuellement, où se retrouvent des intellectuels, des militants, des journalistes, qui voteront différemment à l’occasion de cette présidentielle. Et cela ne nous pose aucun problème ! Penser ensemble et parfois contre soi, voilà qui est nouveau, qui étonne et qui détonne dans le paysage intellectuel français. N’en déplaise aux conformistes et aux sectaires, Le Meilleur des mondes n’a pas été créé pour soutenir tel ou tel homme politique, tel parti, telle idéologie. Le combat qui nous unit transcende le clivage gauche-droite :
– contre la résurgence du totalitarisme, notamment à travers l’islamisme radical ;
– pour l’alliance entre les démocraties et le soutien aux mouvements démocratiques en butte à tous les régimes autoritaires ;
– pour l’État de droit, la laïcité, l’égalité des hommes et des femmes, et les valeurs des Lumières que nous considérons comme universelles.
Ces positions ne se retrouvant intégralement dans aucun programme politique, il est difficile pour la plupart d’entre nous de s’engager totalement derrière un candidat. D’autres questions emportent alors la décision individuelle : l’environnement, le social, l’économie.
Ainsi au nom des mêmes valeurs, nous pouvons aujourd’hui nous retrouver dans des candidatures différentes. Cela scandalise les nostalgiques des vieux combats idéologiques du XXe siècle qui n’ont pas vu le monde changer. Mais nos comportements, nos doutes, nos hésitations, nos incertitudes sont révélateurs des bouleversements profonds à l’œuvre dans la société française depuis l’effondrement des murs érigés dans les têtes pendant la guerre froide. Relativisant l’idée d’un « peuple de gauche » ou d’un « peuple de droite », figés pour l’éternité, les scrutins récents ont confirmé, l’un après l’autre, la fluidité croissante des électorats. On peut ainsi voter à droite à la présidentielle et à gauche aux législatives. Et des sondages ont montré, notamment dans les banlieues, qu’on peut se reconnaître en Nicolas Sarkozy et voter pour Ségolène Royal ou inversement. En incarnant, à sa manière, ces bouleversements Le Meilleur des mondes démontre son inscription dans le présent. Nos échéances ne sont pas calquées sur le calendrier électoral. Le reste est l’affaire de chacun.
Le Meilleur des mondes
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